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Homelie du Père Patrick Gaso

le 04/07/2010 - 14 dimanche du Temps Ordinaire - année C

Homélie du dimanche 4 juillet 2010, 14e dimanche du temps ordinaire, année C.

Messe célébrée à la chapelle Notre Dame des neiges de la Féclaz, par le Père Patrick Gaso.  

Évangile selon saint Luc 10, 1-12. 17-20. Livre d’Isaïe 66, 10-14c. Psaume 65.

Lettre de saint Paul aux Galates 6, 14-18.

 

Voilà un évangile que nous connaissons bien !

Il n’est pas rare de dire, dans les familles : « Oui, il y a besoin de missionnaires ! Oui il y a besoin d’ouvriers pour la moisson du Seigneur ! » Mais, j’aimerais attirer votre attention sur un danger !!! Une lecture trop rapide de cet évangile pourrait nous conduire à une très mauvaise compréhension : très justement, nous entendons tous l’urgence de la mission, et Dieu sait si, aujourd’hui encore, cette urgence est d’actualité ! Nous entendons donc cette urgence et cette invitation à prier : “Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour la mission. “ Les ordinations que nous venons de vivre à Grenoble, Lyon ou un peu partout dans le monde nous rappellent et nous redisent que, effectivement, des jeunes se lèvent pour répondre de tout leur cœur à l’appel de Dieu et donner leur vie radicalement au service de l’Évangile. Cela se passe habituellement et plus particulièrement, à l’approche de la solennité de saint Pierre et saint Paul.

Le danger qui pourrait nous guetter, le voici : ce serait de penser alors un peu trop hâtivement, que ce texte s’adresse principalement à d’autres que nous… un rapide sondage permettrait de constater que, à la question : qui sont les premiers pour la mission ? La réponse serait : les prêtres ! Les religieux ! Ok ! Les religieuses ! Parfait ! Des hommes ou des femmes qui donnent tout ou partie de leur vie pour le service de leurs frères ; Et dans notre assemblée, je sais qu’il y en a. Alors, nous voilà satisfaits et nous nous réjouissons : « Super ! Enfin, voilà des ouvriers pour l’Évangile ! La mission est entre de bonnes mains, je peux retourner à mon whisky et à mes affaires… »

Erreur ! Grave erreur !

Sans doute voyez-vous où je veux en venir ? Où sont les ouvriers ?… Ils sont ici ! C’est tout le monde et donc chacun de nous ! Devant moi, (je ne les montre pas du doigt… ce n’est pas poli), je peux en voir un certain nombre, et même beaucoup ! Dans l’évangile de Luc, Jésus a d’abord envoyé les Douze en mission, puis, à nouveau, Il en appelle d’autres et Il en envoie non plus douze mais soixante-douze. Notez que ce chiffre est évidemment symbolique car il désigne les peuples du monde entier : ce sont les soixante-douze peuples de la terre qui constituent l’univers dont nous parle le livre de la Genèse au chapitre 10. C’est donc nous tous par conséquent, c’est-à-dire le monde entier !

La mission n’est plus confiée à quelques-uns seulement, mais à chacun ! C’est à tous que cet appel est adressé ! La Bonne Nouvelle n’est pas à destination seulement d’un groupe ou d’un peuple élu, mais elle doit, et cela est une urgence, résonner jusqu’aux extrémités de la terre !!!

Alors là, certains se disent : « Je ne suis pas concerné ! Je ne suis pas assez bon ! Je ne suis pas prêt ! D’ailleurs, je n’ai même pas passer ma license ou mon doctorat de “maître es mission“… » Erreur là aussi ! Les modalités de la mission sont finalement assez simples ; Mais attention ! Simple ne veut pas dire sans exigence, et c’est peut-être là que nous achoppons quelque fois.

Il est simple d’aimer quelqu’un, mais l’épouser… c’est une autre “paire de manches“ !

Il est simple de dire à quelqu’un : « Je t’aime ! »… Cela l’est moins de dire : « Je t’aime pour toujours ! »

La mission implique une exigence et une certaine “légèreté“. J’ai noté quelques petites expériences qu’il nous faudra vivre dans la mission :

- Outre une certaine “légèreté matérielle“ dans le voyage, la première expérience pourrait être celle d’un “anti-individualisme“, problème de notre société aujourd’hui, ou encore, pour utiliser d’autres mots : découvrir la fraternité comme une richesse de vie ! Cela, vous le vivez déjà, d’une certaine façon, en famille ! Avez-vous remarqué, tout comme moi, que les soixante-douze ne sont pas envoyés seuls, mais deux par deux ! Ce ne sont pas des individus isolés qui sont appelés : ils sont désignés et envoyés deux par deux pour être des témoins ! L’annonce de l’évangile supporte mal que l’on fasse “cavalier seul“.

Être envoyés deux par deux, c’est découvrir l’autre différent de soi.

Vous le savez tous, le premier lieu où nous sommes envoyés deux par deux, c’est… Laure et Paul, vous voyez ce dont je veux parler… le mariage ! C’est dans le couple, dans la vie conjugale, là où “ça frotte de temps en temps“… un peu… beaucoup parfois ! C’est là où, finalement, nous pouvons déjà découvrir, en tout cas pressentir pour ceux qui pourraient l’ignorer les rudiments d’une vie communautaire, découvrir la rugosité à laquelle il nous faudra quelquefois nous confronter… C’est faire surtout une expérience d’église !

- L’autre expérience semble être plus sensible car elle fait appel à un désir vital : la joie, plus exactement, la joie comme un don ! Nous sommes faits pour la joie ! Demandez à tous les enfants qui sont présents ! L’évangile de Luc, comme dans le livre d’Isaïe que nous avons entendu en première lecture, résonne de la même annonce : “Réjouissez-vous !“ Jésus accompagne dans leur joie les soixante-douze disciples revenus tout joyeux de leur mission mais il les recentre tout de même dans leur enthousiasme (pourtant, je vous assure que la mission est toujours joyeuse !) Que leur dit-il ? : “Ne vous réjouissez pas parce que les esprits mauvais vous sont soumis…“ Il ne s’agit pas de la joie de la victoire sur le Mal, mais la joie de faire la volonté de Dieu, sur la terre comme au ciel ! Une joie qui nous inscrit donc dans le ciel, dans l’espace intemporel de Dieu : “… car nos noms sont inscrits dans le cœur de Dieu ! » Oui, le cœur de Dieu est gigantesque et notre joie profonde !!!

- La troisième expérience nous révèle que “désirer offrir l’amitié de Dieu“ fait de nous des porteurs d’espérance et de paix. Contrairement au “prêt à penser de ce monde“, la joie, la joie d’aimer, la joie de croire ne signifient pas simplement : rires, gaité, plaisirs, jouissance ou réjouissances banales apportées par les bons côtés de la vie ! Le monde peut croire cela… Même si cela a du sens et n’est pas mal, nous savons bien qu’à un moment donné, la vraie joie peut parfois coexister avec de rudes épreuves. Mystérieusement, si cette joie est vécue dans la foi, elle porte en elle et donc en nous, la promesse de la victoire sur toute mort. Pour tous les disciples du Christ, la joie est le signe de la Résurrection : la mort est vaincue ! La vie resplendit ! C’est le signe que notre vie entre dans sa Vie, dans la Vie même du Christ, et nous retrouvons cette joie première qui est d’exister dans le cœur de Dieu : “Réjouissez-vous car vos noms sont inscrits dans les cieux !“ La joie à venir est déjà anticipée sur notre terre et dans notre vie ici-bas à condition que cette joie soit juste, ajustée !

Alors, contre toute logique humaine, contre la logique de notre temps, vivre ainsi nous pousse à être porteurs d’espérance. Cela, il nous faudra sans cesse le découvrir ! En consentant à une certaine vulnérabilité, et peut-être même à une précarité choisie, je suis invité à risquer un pas vers ce qui m’est inconnu, à oser sortir de chez moi, à oser une rencontre, à partager une parole, un moment, un repas… à être, chacun à notre façon, témoin de la Parole reçue, pour faire advenir le Règne de Dieu … et il est déjà là !

Voilà ce à quoi nous sommes tous appelés avec les Douze, avec les soixante-douze pour, comme eux, dire Dieu aux hommes et aux femmes de notre temps.

Voilà quelques minutes que vous m’écoutez et peut-être êtes-vous en train de vous dire, intérieurement : « C’est une folie ! Comment ose-t-il nous demander de partir en mission ? D’autres s’en occupent ! Moi, je vais me contenter de prier de mon côté… » et ce n’est déjà pas mal !

Peut-être ! Mais est-ce tout ce que nous pouvons offrir de nous-mêmes ? Le message d’amour, de réconciliation, de paix et de joie que nous avons à annoncer, à proposer, à offrir de la part de Dieu notre Père à notre monde puisse sa source au cœur même de notre baptême. Sans forcément chercher à convaincre par des procédés ou des astuces de ce monde, avec intelligence, sans prétendre être le meilleur… mais dans une vraie simplicité d’un cœur livré à l’Esprit, nous sommes, par notre baptême, des prêtres, des prophètes et des rois, invités à annoncer la Parole de Dieu !

Alors, si vous me le permettez, je vais vous inviter à une folie ! Quand vous le pourrez :

·      Osez ouvrir votre cœur !

·      Osez parler !

·      Osez laisser Dieu agir à travers chacun de nous !

Le monde alors, et je vous le promets, sera différent, porteur de la Promesse de l’amour de Dieu pour chacun ! Croyons profondément que déjà, le Royaume est là !

 

AINSI SOIT-IL !

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