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Homelie du Père Patrick Gaso

le 06/06/2010 - Fête du Corps et du Sang du C du Temps Ordinaire - année C

Homélie du dimanche 6 juin 2010

Solennité du Saint Sacrement, du Corps et du Sang du Christ, année C

Messe célébrée à Villard-de-Lans, par le Père Patrick Gaso. 

Évangile selon saint Luc 9, 11b-17. Livre de la Genèse 14, 18-20. Psaume 109.

Première lettre de saint Paul aux Corinthiens 11, 23-26.

 

“Tous mangèrent à leur faim !“

En lisant les textes de ce jour, en les méditant et en préparant la célébration de ce soir ou celle de demain avec les enfants qui ont fait leur première communion et avec leurs familles, je m’interrogeais sur cette notion de “faim“ … et j’espère que vous avez faim !

·      Avoir faim ! Mais, que signifie cette “faim“ ?

·      Qu’est-ce qu’avoir faim ?

Pour certains, ce sera une sensation de vide, un ventre qui “gargouille“…

Pour d’autres, ce sera une impression de manque, et il n’est plus forcément question de “ventre“ !

Parmi les plus âgés d’entre nous ce soir, peut-être même que certains ont connu l’occupation, les guerres, et ils ont pu éprouver ce manque dans leurs corps, dans leurs têtes, pas forcément le manque de nourriture, mais celui de paix, de calme.

Dans notre société consommatrice, de quelle faim parlons-nous, nous qui vivons dans un monde où la nourriture “semble“ être abondante ! Nourriture à profusion pour certains, et pourtant en manque pour d’autres.

C’est bien pourtant de faim qu’il me faut parler aujourd’hui ! Pas de cette faim que nous avons parfois pu ressentir quand un jour, le soleil s’est couché sans que nous ayons mangé, ou quand nous jeûnons certaines fois même, par préoccupation esthétique. Ce n’est pas non plus la faim que nous connaissons aussi par les images terribles que nous montrent trop souvent, hélas ! les médias. Même si certains se donnent, se mobilisent pour apporter un minimum vital, le monde a faim !!!

Le monde crie son indigence !

Entendez-vous, comme moi, ces cris de famine, de précarité qui jaillissent autour de nous ! Ce ne sont pas des cris de manque de nourriture, mais toutes ces faims … Entendez-vous, comme moi, la faim de toute une jeunesse ? Faim d’amour, faim de sécurité, soif et faim de découvrir le sens de leurs vies et de la vie ! Cette faim dont il nous faut parler aujourd’hui, ce n’est pas non plus celle des juifs qui avaient suivi Jésus au désert, pour écouter sa Parole. À peine Jésus les avait-il nourri de pains et de poissons, que, d’une manière surprenante, ils avaient oublié leur faim, pour un moment ! Si vous poursuivez le récit, vous lirez qu’ils ne pensaient plus qu’à faire de Jésus, leur roi ! Oui ! Ce rabbin n’est pas comme les autres : il annonce le bonheur aux pauvres. Il dénonce les exactions des puissants. Oui, Jésus chassera les impérialistes romains, causes de tant d’injustices et de souffrances.

Pour certains, c’était cela la religion, et une religion bien concrète ! Quelques versets plus loin, nous verrons que Jésus s’est enfui, qu’il a échappé au vieux rêve de la violence qui “pourrait“ venir à bout de la violence ! Peut-on combattre la violence par la violence ?

Jésus ne dit pas aux Apôtres : “Tous ces gens ont faim, qu’ils aillent chercher à manger ! » Il leur répond plutôt : « Votre responsabilité d’Apôtres, c’est de leur donner de quoi manger : nourriture physique mais aussi spirituelle ! » Mais ils n’ont rien, simplement cinq petits pains et deux petits poissons ; Qu’est-ce que cela pour cinq mille hommes ? Nous aussi, il peut nous arriver d’être désemparés face à des faims qui surgissent autour de nous, et nous regardons ce que nous avons… Peut-être juste assez pour nous ! Le mauvais réflexe serait de dire : « Je garde tout pour moi ! Tans pis pour les autres ! » Mais Jésus nous pousse, nous bouscule, nous invite à dire : « Seigneur, j’ai besoin de Toi ! Sans Toi, je suis perdu ! Sans Toi, je ne peux rien faire ! »

Puis Jésus demande à ce que tous s’assoient, par groupes de cinquante et : “ Tous, ils obéirent.“ Ils sont là, ils attendent ! Alors, nous voyons, dans le récit, que sobrement, Jésus prend ces cinq pains et les poissons, il les bénit, rend grâce, dit merci à Dieu. “ et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent…“ Et là, nous voyons quelque chose d’extraordinaire ! Ces cinq pains et ces deux poissons deviennent nourriture, multitude, profusion, abondance, au point qu’il en restera douze paniers et que chacun sera rassasié ! “Tous mangèrent à leur faim.“

Cette faim-là, nous pouvons la combler ! En nous cotisant, en nous mobilisant, en travaillant pour cette solidarité, nous pourrions faire que le monde trouve à combler sa faim ! Mais il y a une faim encore plus grande, plus essentielle, et c’est cette faim-là que Jésus vient nous laisser découvrir, afin de mieux y répondre ! L’enjeu de Jésus, c’est de donner sa vie, de se faire nourriture, et l’eucharistie que nous allons célébrer dans quelques instants, c’est Jésus qui se donne lui-même à manger !

Jésus offre sa vie par amour, pour manifester que Dieu ne veut pas la mort des hommes ! Ce ne sera ni par un projet politique, ni par idéologie que le Royaume de Dieu pourra advenir, mais par la force de l’amour !

Alors, la faim change !

Cette force de l’amour laisse résonner en nous un “appétit“ plus fondamental, une faim que nul aliment ne peut rassasier !

Plus exactement, le chrétien est quelqu’un qui a faim ; oui ! Mais il a faim de la personne même de Jésus !

Il n’a pas faim d’idées, même si elles sont belles ! Nous connaissons le danger des programmes idéologiques, si généreux soient-ils ! L’évangéliste Luc montre bien que la “multiplication“ ne se confond pas avec une “œuvre sociale“ ! Elle est un geste prophétique qui a pour but d’appeler, d’inviter les personnes à sortir de chez elles, à se regrouper à l’écart, à entendre un appel, à demander à Jésus le “Pain“ qui fait vivre !

Il y a peu de temps, un ami me confiait : « Pour moi, la messe n’est pas obligatoire, elle est indispensable, car c’est un appel d’amour ! » Chaque eucharistie est un rendez-vous d’amour ! Cela nous le savons car, au cœur de l’histoire de l’humanité, au cœur de toutes les faims qui éprouvent les hommes, se trouve le mystère Pascal !

·      Ce mystère sépare un “avant et un “après“,

·      Ce mystère marque aussi nos années : “ 2010 … après Jésus-Christ“, après la venue de Jésus dans notre vie.

·      Pour le chrétien, ce mystère Pascal  pointe le fait que Jésus a aimé son Père et nous a aimé jusqu’à mourir sur une croix… pour nous.

Jésus avait déjà exprimé symboliquement ce don de sa vie pour nous, quelques jours avant sa mort, lors du dernier repas qu’Il avait pris avec ses disciples. Prenant le pain et le vin, il avait dit en leur offrant : “Ceci est mon Corps, livré pour vous. Ceci est mon Sang, versé pour vous.“

Depuis la mort et la résurrection de Jésus, nous ne cessons de faire mémoire de Lui. Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, comme nous le rappelle Paul dans sa lettre aux Corinthiens, c’est Jésus qui se rend présent sur l’autel : non plus du pain, non plus du vin, mais son Corps et son Sang. Et je suis capable, du moins je l’espère, de mourir pour Lui !

Frères et sœurs, l’invitation est faite encore aujourd’hui :

Approchons-nous de la table que l’amour du Père a préparée pour nous et pour tous les hommes !

·      Table Pascale où le Christ se fait nourriture offerte à tous pour la Vie éternelle !

·      Sacrement de l’humilité de Dieu qui se dit sous les apparences les plus ordinaires et les plus quotidiennes de notre existence humaine !

·      Le Pain, le Vin, pour en faire le chemin de notre divinisation !

Je viens de prononcer un mot capital : oui ! Il nous faudra comprendre que, finalement, toutes nos faims, et elles sont nombreuses, nous révèlent une seule faim profonde : notre faim du ciel, ciel pour lequel nous sommes faits !

Toutes les faims que nous manifestons, toutes les faims que nous éprouvons, trouveront réponse au ciel !

Alors, frères et sœurs, c’est bien à un  rendez-vous d’amour auquel Jésus nous convie ce soir !

Puissions-nous venir toujours goûter à ce rendez-vous d’amour, où Jésus se donne pour que nous ayons la Vie éternelle !

 

AINSI SOIT-IL !

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